Angèle KINGUÉ
VÉNUS DE KHALAKANTI
Vénus de Khalakanti. L’âme des arbres bruissants qui se révoltent face au sort qui leur est réservé par une route dont la construction s’arrête. Merveilleuse, Vénus, femme aux branches meurtries… qui ne peut plus étreindre de ses bras… apparaît et veille. Elle se retrouve au carrefour de la destinée d’autres femmes ; âmes et corps abîmés ; et d’un homme condamné pour délit de vérité. Les rêves deviennent réalité car Vénus est là, présente au milieu de ces arbres magiques qu’elle anime de sa foi en l’humain… jusqu’à ce qu’un besoin incoercible de re-naissance l’appelle sur les rivages d’un océan qui l’a vu naître…
Un combat de femmes, une promenade poétique dans une forêt africaine emplie de mystères, ceux de la vie…
L’auteur nous emmène aujourd'hui, au travers de sa voix: Vénus, dans les mystères de la forêt africaine, là où des femmes ont décidé de prendre leur destin en main avec l'aide de la nature, des arbres... Merveilleux texte, dont la fin imprévisible ne peut que créer chez le lecteur une sensation d'admiration quant aux personnages que l’auteur anime dans ce roman. Un livre de femmes, un livre écologiste, un livre de ceux dont on ne se lasse pas de lire et de relire les pages pour voyager...ailleurs...dans une réalité qui n'est peut-être pas toujours la nôtre...mais qui est aussi tentante que Vénus...
Extrait :
[... La nuit commençait à tomber. Khasia épuisé, désorienté, décida de retourner vers les habitations les plus proches pour voir si les piroguiers pouvaient l’aider à rechercher Bella. Il était de marbre, il ne savait pas si ces recherches mèneraient à quelque chose. Lorsque le dernier piroguier eut abandonné la quête futile, Khasia resta seul sur la plage, le regard hagard, errant comme ces esprits dont Mami Wata la fée des eaux avait emprisonné l’âme. Lorsqu’il retourna à la voiture vers le petit matin, Bella était là, adossée, contre la portière.
— Mais, mais, mais, fit Khasia qui faillit tomber à la renverse !
— Oui je sais, je sais que tu t’es inquiété, je suis fille de l’océan. Mon village est à une dizaine de kilomètres d’ici. J’ai passé toute mon enfance sur cette plage, j’en connais tous les recoins par cœur !
— J’ai… j’ai cru… Khasia pleurait à chaudes larmes, sa voix s’étrangla.
Bella colla son visage sur la bouche de Khasia.
— Je sais ce que tu pensais, mais la mer en a décidé autrement, je suis sa fille, quoi que je fasse, elle veille sur moi, elle m’enveloppe de son manteau protecteur, il faudra que je te raconte les détails de ma naissance un de ces jours. Je suis née dans l’eau. Ma mère, enceinte de plus de huit mois, s’est évanouie ici même et les vagues de la mer m’ont tirée de ses entrailles et m’ont portée, bercée jusqu’à ce que les gens arrivent ! Personne n’a jamais su combien de temps nous avions toutes les deux flotté !
Khasia la regardait toujours d’un air incrédule, on aurait dit que même sa voix avait changé, il y avait quelque chose de léger dans son ton. Le rythme de ses paroles faisait écho à sa démarche ondulante sur la mer. Khasia la serra fort, très fort contre lui, « tu es ma sirène des eaux ! » murmura-t-il. Pour toute réponse, elle lui dit simplement :
— Il faut que tu m’aides à retrouver ma fille.
Khasia ne posait plus de questions. Il avait compris que Bella se révèlerait à son rythme.
— Je tourne à gauche ou à droite, fit-il simplement lorsqu’elle fut installée dans la voiture.
— C’est comme tu veux, les deux routes se recoupent plus loin, répondit-elle. Puis elle ferma les yeux pour mieux profiter des bruits de la mer. Les premiers rayons du soleil lui caressaient le visage, le vent frais du matin gonflait son boubou.
— Elle s’appelle comment, ta fille ? murmura Khasia.
— Mialo ma Ilali, qui veut dire, "en attendant le bonheur, sois dure et forte comme la pierre" ... ]