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Kouméalo ANATÉ


FRONTIÈRES DU JOUR

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En tant qu’écrivain contrebandier de l’imaginaire et du réel, Kouméalo Anaté nous donne de ses nouvelles dans « Frontières du jour ». A savoir que l’homme est un animal frontalier. De la naissance à la mort. Frontières vitales, mentales, sentimentales, mais aussi géographiques, ou politiques. Celles que nous fabriquons et celles qui nous façonnent, celles qui nous protègent et celles qui nous enferment. Et d’ailleurs ouvrir un livre n’est-ce pas déjà franchir une frontière ? …

"J’aurais pu naître dans une de ces grandes villes où chacun marche à côté des autres sans les voir. Mais je suis née finalement à Kazaboua, petit village du Togo où tout le monde se connaît. On m’appelle Kouméalo, petite-fille d’Anaté, ce gros farceur de grand-père ! Mes amis estiment que j’ai un don pour écrire des choses. Ils ont toujours cru en mes talents d’artiste, moi pas. Puis j’ai eu la chance de décrocher en 1994 un premier prix de poésie au concours organisé par UNIFEM-Dakar pour l’Afrique de l’Ouest, sous l’égide des Nations Unies. Et un jour, j’ai choisi pour de bon d’être écrivain, consciente cependant de mon état d’ignorance. Qu’importe ! L’écriture est une aventure."
Kouméalo Anaté.

Extrait :
[... Les Onirophages
Personne n’avait encore jamais vu leur visage.
Personne ne pouvait réellement dire à quoi ils ressemblaient.
Personne ne pouvait prévoir à quel moment ils sévissaient. Mais chacun était convaincu de les connaître. Au moins il était clair pour tous qu’il ne s’agissait pas d’extra-terrestres. En réalité on n’avait pas besoin de les voir pour sentir leur présence, et leur ombre étouffait le pays.
Personne ne respirait sans leur permission car ils avaient infiltré tous les interstices du tissu social, toutes les nervures mentales de chaque cerveau humain, et étendu leurs tentacules jusqu’au subconscient de chaque citoyen. Ils contrôlaient la tradition, ils contrôlaient la justice, l’éducation, la science, la religion, la santé, contrôlaient l’eau, la terre, le ciel. Ils représentaient le passé, le présent et le futur de tout ce qui vit dans ce pays.
Cette ambiance angoissante que décrivait le grand-père de Tiya dans son récit, je l’ai ressenti moi-même. Elle m’a gelé les sens dès l’instant où j’ai foulé le sol de Kasanjao, mon pays natal. Pourtant à ce moment là, j’étais incapable d’identifier le phénomène ou de comprendre l’état d’esprit des gens. Trop de choses nous séparaient.
En fait j’ai quitté le pays à l’âge où l’ignorance et la naïveté nous protègent des affres de la réalité. Vingt ans après, j’ai encore cette sensation désagréable d’être aussi inculte que je l’étais avant mon départ. Du moins suis-je conscient que beaucoup de choses me dépassent, et je ne les comprends pas toujours.
Bien sûr, on pourra simplement dire que ma fibre d’aventurier s’est émoussée et que je suis revenu au pays, il y a quelques semaines. Qu’il s’agisse du départ ou du retour, j’ai compris qu’au bout du compte, se dresse une frontière entre celui qui part et ceux qui restent. Et le retour n’est pas différent du départ. Il oblige lui aussi à affronter des frontières. J’ai décidé cependant de garder pour moi ce que les frontières du départ m’ont enseigné...]
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ISBN : 978-2-915368-01-7
EAN : 9782915368017


15 x 21 cm - 142 pages.
15,00 euros

Nouvelles

Kouméalo ANATÉ

LE REGARD DE LA SOURCE

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Plusieurs destins de femmes et d’hommes se croisent, s'entrecroisent, se reflètent pour le meilleur ou pour le pire.
« Le Regard de la Source » est une véritable odyssée sociale, humaine ; un roman intimiste, un voyage intérieur. Dans leurs différents combats, les personnages nous rappellent que vivre est parfois une question de choix. Même lorsque tout semble perdu, nous avons encore la chance de pouvoir rebondir, de repartir à zéro, un peu comme une nouvelle naissance. Il suffit pour cela d’une main tendue, d’un souvenir, d’un regard… Non pas de ces regards qui jugent, mais de ceux qui apaisent et qui guérissent.

Kouméalo Anaté est une lumineuse auteur Africaine qui possède ce don remarquable de savoir nous faire voyager. Dans « Frontières du jour » sa première parution, elle nous emmenait aux confins de frontières, toutes aussi surprenantes les unes que les autres. Nous retrouvons aujourd’hui la sensibilité de son écriture féminine dans « Le regard de la Source ». Une écriture limpide, dynamique, profonde et pleine d’espoir, sur le sujet délicat de la reconstruction d’une femme soumise à des violences plurielles. La reconstruction de cette femme s’effectuera grâce à de multiples rencontres, mais aussi au travers de l’accompagnement d’un homme, différent des autres, qui saura la guider pour remonter à la Source, miroir dans lequel elle puisera la force de revivre.
ISBN : 978-2-915368-05-5
EAN : 9782915368055


15 x 21 cm - 160 pages.
15,20 euros

Roman



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        © ana éditions 2010

Kouméalo Anaté est née à Kazaboua au Togo en 1968.

 

Elle est actuellement enseignant chercheur à l'université de Lomé.

 

L'auteure est également membre de deux unités de recherche à l'université de

Bordeaux 3.

Une lecture :

Recueil de huit nouvelles de longueur variable, Frontières du jour est, dans sa plus grande partie, illustration de la notion de « frontière », tour à tour déclinée sous ses formes géo-politiques, psychologiques, affectives, linguistiques, ethnico-culurelles sur fond de diverses crises politico-sociales beaucoup plus prononcées dans quelques unes des nouvelles. Mais on y trouve aussi une nouvelle de nature magico-réaliste, fantastique si l’on veut (« Les onirophages » – néologisme pour nommer les « mangeurs de rêves »).
« Frontières du jour », la nouvelle éponyme, la première du recueil et aussi la plus longue, de ce fait donc la plus importante, illustre certainement le mieux la notion de frontière : un homme d’affaires, Tom Egnabé, en voyage d’affaires au Nimbé, est incapable de rentrer chez lui au Limago, bloqué à la frontière qui sépare les deux pays. Celle-ci est close pour des raisons de troubles politiques au Limago. Voulant coûte que coûte revoir sa famille le plus tôt possible, il remonte vers le Nord du Nimbé puis passe au Safo d’où il compte rentrer chez lui. La frontière Safo/Limago est aussi fermée pour les mêmes raisons. De Safo, après bien de péripéties, il arrive à Ashanta, le troisième pays frontalier du Limago. Ici aussi, la frontière est fermée. (On aura certainement reconnu le cadre à peine masqué de l’action ; les Togolais y reconnaîtront facilement les allusions à la réalité de leur pays).
Toma perd le nord pour ainsi dire et se retrouve dans un hôpital à Ashanta, en proie à de graves troubles psychiques. Il est cependant assez lucide pour analyser sa propre situation. Dans une lettre destinée à sa femme (elle ne lui parviendra jamais parce que Limago « brule » , il écrit : « Après toutes ces frontières, je me bats maintenant contre mon propre corps ». Mais c’est l’un de ses thérapeutes, sans doute, qui élève le plus explicitement possible le drame « frontalier » de Toma à la portée universelle que Anaté entendait donner à sa nouvelle : « Finalement », commente-t-il philosophe, « nos histoires d’hommes ne sont que des histoires de frontières, et les histoires de frontières, sont avant tout celles des hommes. Les frontières que nous dressons, celles que nous passons, celles qui sont infranchissables, celles qui nous façonnent… Des frontières intérieures, des frontières extérieures ».
L’exploration de la notion de frontière à travers les trois prochaines nouvelles (« Cent frontières »; « La terre a bougé » et « La voix du malentendu », quoique entreprise d’une autre perspective, se mue en exercice rhétorique un peu forcé,même si cela octroie une certaine unité thématique au recueil. Cette impression est renforcée par de nombreux textes (surtout de l’universitaire Sory Camara) mis en exergue. La plume d’Anaté se libère, heureusement, lorsqu’elle s’élève contre le mariage forcé dans « Le rapt », la misère et la faim dans « Mana » – rappelant en quelques endroits Les Bouts de bois de Dieu de Sembène Ousmane – ou encore la répudiation des femmes par leurs mari pour cause d’infertilité dans « La colombe blessée ». Cette critique sociale est la bienvenue d’autant plus que les écrivaines togolaises semblent souvent l’éviter ou ne l’offrir que de biais.

Koffi Anyinefa – Site Internet "Échos du Togo" - Janvier 2009

 

Extrait :

 

[... Le regard de Hèzu était étrangement troublant. Au lieu de répondre, elle se livra malgré elle à l’analyse de ce regard qui lui collait comme une estampille. Le blanc de l'iris est immaculé, la pupille d'un noir d'ébène. Un regard limpide comme une source, avec quelque chose d’indéfinissable. Il semble émerger de très loin. Ce regard apparemment neutre était comme celui d’un enfant surpris, curieux, à la fois mendiant et désinvolte. Déroutant. Elle avait envie de lui dire qu'il possédait de beaux yeux. Elle n'en dit mot. Il l’enveloppait, la fouillait, sans la moindre agressivité. Elle n'éprouvait aucun sentiment de honte, seulement un bien-être silencieux, le frémissement d’un être qui se sent reconnu et qui se reconnaît dans un regard.

— Je vois, vous ne voulez pas répondre. Je vous dérange peut-être ? Je ferais mieux de vous laisser seule. Vous avez certainement autre chose à faire que de parler à un inconnu.

Elle aurait bien voulu lui répondre mais hypnotisée, elle resta silencieuse. Les mots avaient déserté sa pensée. Son esprit demeurait vide, incapable de donner forme à une seule phrase. Les sons refusaient d’emprunter le chemin de ses lèvres. Il ne comprend donc pas qu’à cet instant précis l’être tout entier devient parole dans la rencontre, aurait-elle voulu lui faire comprendre. Le plus important c’est d’être là, sentir et se laisser guider par cette symphonie inédite et secrète. Néanmoins elle revint vers lui. Doucement. Tout doucement.

Elle sourit à nouveau. Il reçut ce sourire comme un cadeau et le signe que cette rencontre ne se diluerait pas dans la banalité. En réalité, dès l’instant où il la aperçue, il a su qu’elle ne lui était pas tout à fait étrangère. Il avait éprouvé le besoin inexplicable et irrésistible de lui parler d’une manière spéciale et singulière. Il réalisait qu’elle était différente...]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A propos de ce second livre, une interview de l'auteur par Lionel Pires dans la revue "Amina" à lire ici.