Sophie POIRIER
LA LIBRAIRE A AIMÉ
Méfiez-vous, il y a aux terrasses des cafés, des gens qui vous inventent une vie ...
C’est un livre qui dit que l’important c’est d’être vivant, l’histoire d’un petit bout de soi, soudainement réveillé, qui refuse de reprendre sa place d’avant.
Tous les jours à 19h30, deux libraires, Paul et Corinne, prennent un whisky à la terrasse du même café. Ils parlent de livres puis chacun repart de son côté. Un soir, Paul ne vient pas, Il ne viendra plus jamais.
Sophie Poirier a inventé Corinne, la libraire à la vie bien réglée, face à la désertion de Paul.
Elle nous raconte comment cette femme, dont la vie n’est faite que de livres et d’un rendez-vous rituel, se mêlera de la vie et des autres pour devenir vivante.
Nous croiserons un photographe amateur de cadavres, Paul Auster et sa femme, un oncle faussement russe et son nain fidèle, une vieille Anglaise collectionneuse d’objets cassés, un peu New-York, un peu la mer, un peu le Sud…
La libraire a aimé est un livre qui nous interroge sur notre capacité à savoir vivre le présent et à l’apprécier. C’est l’histoire d’un petit bout de soi, soudainement réveillé, qui refuse de reprendre sa place d’avant.
Tout comme Corinne, Sophie Poirier a surtout voyagé dans les livres, jusqu’à ce que le hasard lui fasse croiser Paul Auster dans une rue de Brooklyn. De cette vision est née une interrogation, qu’elle nous fait ici partager : qui est le plus fort, de la vie ou des livres, pour fabriquer des histoires ?
Extrait :
[... Je les vois tous les jours depuis plus d’un an assis dans le même café, à la même heure. Ils ne commandent pas, la serveuse vient et pose les deux verres sur des petites serviettes blanches en papier, une assiette avec des olives, ensuite elle porte la bouteille de whisky jusqu’à la table pour les servir. Ils boivent deux whiskys chacun, tous les soirs à 19 h 30. Pour l’instant, je ne sais pas comment les nommer. Il y a cet homme aux airs discrets, presque timide, et cette femme un peu garçonne et charmante. Depuis que l’été est arrivé, j’ai remarqué qu’ils portaient tous les deux des espadrilles. Hier soir, elles étaient à rayures. Lui beiges et blanches. Elle bleu marine et blanches. Avant-hier, c’était des couleurs unies.
C’est le rituel qui m’a d’abord attirée. Que je sois assise dans ce café ou que je passe devant pour rentrer chez moi tous les soirs, depuis un an ils sont là, à la même heure. Avec leur whisky servi, et l’été leurs espadrilles. Je ne sais pas s’il s’agit d’un couple. Rien dans leurs gestes, leur attitude ne le laisse penser.
Ils discutent tout de suite. Ils ne s’embrassent pas, ni sur la bouche, ni même sur les joues pour se saluer, ils s’assoient directement. C’est souvent lui qui arrive le premier. Elle prend place en suivant à ses côtés et la serveuse vient. Ils lui disent merci au milieu de leur conversation déjà commencée.
Ils parlent. Parfois, j’ai vu des silences très simples s’installer entre eux, des silences qui ne les inquiètent pas. Ils regardent ailleurs quelques secondes, perdus dans leurs pensées, et reprennent en suivant une autre conversation.
Ils se séparent au bout d’une heure. Ils quittent l’endroit ensemble. Marchent un peu plus loin. Peut-être qu’après chacun va de son côté, je ne sais pas, il faudrait les suivre. Je n’ose pas. Comme une interdiction. Je pourrais bien sûr m’approcher d’eux plus près, les épier. Alors j’en apprendrais sûrement davantage. C’est peut-être très simple et il y a sans doute une explication banale qui pourrait me contenter mais je reste à cette distance mystérieuse.
Forcément, je fais maintenant partie de leur rituel. Ils croyaient être inaperçus, mais moi j’ai vu et désormais, je participe.
Ils parlent de livres. Ils se racontent ce qu’ils ont lu. Un couple n’aurait pas besoin de s’échanger ainsi des titres de livres, chacun verrait sur la table de nuit ce que l’autre est en train de lire...]
Les lecteurs parlent de "La libraire a aimé" :
"Aussitôt, l'objet-livre m'a plu. Le titre, attire, attise ...l'image, très graphique,
claire et énigmatique.
Alors j'ai lu la 4e de couverture - forcément on la lit - mise en bouche qui en dit
long, avec sa liste de "passagers". Sophie Poirier arrive à intriguer, sans prétention.
Et ce format, ce petit ouvrage, pourquoi ?
Le livre montre le questionnement de l'auteur qui suscitera le questionnement du
lecteur.
Cette impression d'attendre ensemble, elle et moi, c'est ce qu'elle appelle "l'embarquement".
Dans une langue qui parle.
Ici l'absence se raconte comme un recentrage sur soi qui engendre un parcours à faire,
un parcours obligé.
Et bien sûr, le personnage qui bouge, se cogne à des vies, comme au théâtre :
Acte I : le photographe, Acte II : l'oncle, Acte III : New York, Acte IV : Sud.
Dans chaque acte, l'amorce d'un autre livre dans le livre... les pistes. Sûr qu'il
y aura d'autres écritures, une trame est mise, de fils si fort tendus, si savoureux.
On les attend.
Sophie Poirier dit la magie de l'écrivain :
- " Il fallait de l'imagination pour sauver les apparences et ça, c'était le boulot
des écrivains..." mais aussi sa prudence (sa peur ?) :
- " ça ne valait pas la peine d'en faire un livre... se méfier de cette habitude
à mettre du relief et de la beauté là où il n'y avait rien ou pas grand chose..."
Mais dans "la libraire a aimé" il y a énormément !
Quelle générosité d'offrir tant au lecteur, celui qui ne lit pas trop, qui a un peu
peur des livres, qui ne côtoie pas la littérature... les autres se régalent aussi."
Remarqué par l'écrivain Serge Joncour, il écrit au sujet de "La libraire a aimé" :
Sophie, je ne vous ai parlé que trois minutes, en dire plus vous aurait gêné, mais
la grâce, dans l'écriture, on l'a ou l'a pas, de mon point de vue de lecteur, je
sais cela, et je sais donc que la grâce vous l'avez. C'est magnifiquement rassurant,
de trouver une écriture comme la vôtre, au hasard, d'un livre, d'un éditeur que je
ne connaissais pas.
Fabrice Bonardi, organisateur du Prix Montalembert, en parle ainsi :
" ... je déguste le livre comme on boirait un thé subtil et raffiné, par petites
gorgées doucement savourées. J'adore :"Je vous imaginais plus jeune, mais moins jolie.
Vous n'avez pas la voix qu'il vous faut. Il y a des gens comme ça..."
Voilà, et alors à cause du livre, j'ai raté ma station de métro ce matin...
Grâce au livre donc, j'ai raté ma station de métro, et comme ça, au lieu d'arriver
tard, j'ai pu arriver encore (un peu) plus tard...
Et alors, chemin faisant sous ce ciel tout gris, je pensais qu'à un moment de la
journée, je le dirais
Oui, décidément, j'adore ce livre."
Léon Mazzella, journaliste :
« le ton, la subtilité des dialogues, une sécheresse durassienne, la sincérité qui
se dégage de chacun des courts chapitres de ce petit livre, le rendent attachant
comme une ficelle tressée au poignet… Prometteur."
Merci à l'excellent blog littéraire pagesapages de s'en faire écho :
« Je ne sais pas quand ils ont commencé.
Je les vois tous les jours depuis plus d’un an assis dans le même café, à la même
heure. Ils ne commandent pas, la serveuse vient et pose les deux verres sur des petites
serviettes blanches en papier, une assiette avec des olives, ensuite elle porte la
bouteille de whisky jusqu’à la table pour les servir. »
La narratrice de la Libraire a aimé doit être assise quelque part elle aussi, dans
ce café. Elle regarde ce couple, rêve, puis les nomme : Paul et Corinne. Elle les
écoute : « Ils parlent de livres. Ils se racontent ce qu’ils ont lu ».
Savoir la suite, c’est tirer sur un fil, un fil qui s’allonge au gré des rencontres
et des événements. La narratrice va s’effacer pour se pencher sur les traces de cette
Corinne, celle qui met tout en œuvre pour rejoindre Paul, en suivant les petits cailloux
qu’il sème. C’est grâce à eux qu’elle avance, ou malgré eux, car certains sont funestes
– comme, par exemple, le visage de Paul immobilisé sur une photographie et exposé
par un artiste qui ne portraite que les cadavres.
Le point de départ est ce couple, assis à une terrasse. Il faudrait que le point
d’arrivée soit le même… ? C’est toute l’incertitude qui va planer sur le dénouement
de la Libraire a aimé. Et nous marchons à la queue-leu-leu, derrière la narratrice
qui raconte Corinne qui cherche Paul. Discrètement, comme si elle ne voulait pas
que nous nous en rendions compte, comme par un tour de passe-passe, le chemin s’allonge,
emprunte des boucles et des virages, car Sophie Poirier aime les détours, les sinuosités
du paysage, les imprévus qui ne sont peut-être pas des coïncidences.
Ce chemin n’est pas onirique, ce n’est pas celui du chat du Cheshire. Quoique… parfois
nos pas vont s’approcher de Paul Auster, d’un nain fidèle ou d’une vieille anglaise
excentrique. Mais nous marchons aussi dans une réalité proche.
« Bien sûr il y a l’absence.
Une absence qui raconte l’histoire du monde, et la perte. Elle est émue, pourtant
elle ne veut pas se recueillir. Sur le toit du building, son amie Claire lui dit
en montrant du doigt : « Les tours étaient par là… » Elle a un air triste en le disant
comme si elle parlait d’un amour perdu. »
Dans la Libraire a aimé se trouvent des enjeux de rencontres, de pertes, d’oublis,
de retrouvailles. Celui aussi de l’écriture :
« Ne se sentait-il pas charlatan quelquefois avec cette façon de décrire les humains
et leurs humeurs ? Ou alors, c’est que vous êtes encore persuadé que les livres disent
tout mieux que les hommes, convaincu qu’une phrase sonne plus juste qu’un battement
de cœur. Tu aurais beau vouloir raconter mon histoire avec style, et puis du suspense,
tu ne pourras jamais écrire comme j’ai manqué l’essentiel. Ni décrire à quoi ressemble
une nuit vide quand rien, absolument rien, ne vient te sauver de la peur d’être seul,
tu ne pourras jamais décrire ce que c’est de respirer en vain. »
La narratrice a rêvé longuement de ce couple, assis dans un café. Elle les a saisis
avec sensibilité, comme on encadre une photo qu’on aime. C’est une de ces photos
mystérieuses qui reflètent un reflet dans lequel se répète un trajet à l’infini :
un couple de libraires qui parlent de livres et se retrouvent dans des pages…
C’est un premier roman : il faudra garder l’œil sur les suivants !